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Le témoignage d'une ancienne religieuse brésilienne

L'appel du Seigneur et l'incendie providentiel


.../...

           Un dimanche matin après la Messe, je conversais avec des amies. L'une d'elles a dit que la meilleure façon de servir Dieu était d'entrer au couvent. Les autres ont acquiescé, mais pour ma part, je n'ai rien dit. Tout en leur donnant raison, j'entrevoyais déjà une foule d'obstacles à mon entrée au couvent. Ma famille était bien pauvre ; or il faudrait apporter une dot considérable. Il faudrait également un trousseau complet ; et par ailleurs, il y avait la couleur de ma peau. J'étais noire ! L'ordre franciscain ne me permettrait pas de prendre l'habit, même s'il m'acceptait. Que d'obstacles ! Même si d'une manière ou d'une autre je parvenais à surmonter l'obstacle financier, il resterait la couleur de ma peau, à laquelle je ne pouvais rien changer ! Malgré toutes ces impossibilités, j'ai continué à rêver de mon entrée au couvent, et à espérer. Cela me préservait du découragement. Deux ans plus tard, je franchissais la porte du couvent des Franciscaines.

 

           Pour en arriver là, je n'avais pas cessé de dire le chapelet, et j'avais accepté bien des pénitences. J'avais donc réussi à entrer dans ce couvent, non pour y prendre l'habit (la couleur de ma peau me l'interdisait), mais pour y apprendre mille choses, et pour grandir. Le jour où j'aurais l'âge permettant d'être acceptée dans un autre couvent, mon rêve deviendrait réalité. Je pourrais devenir religieuse, et mieux servir Dieu. Cette entrée au couvent m'avait coûté de grandes souffrances. Rien n'aurait pu me coûter davantage que de quitter ma mère bien-aimée, ainsi que mon frère et mes sœurs, mes amis et les voisins qui étaient si souvent venus jouer à la maison. Pourtant j'étais satisfaite. Sur le moment, tout paraissait merveilleux, car j'étais parvenue à réaliser le désir de mon cœur. Sous mes yeux se déployait un nouveau panorama : je croyais que j'allais résoudre tous les problèmes qui se posaient dans mon existence, et plus encore : tous les problèmes de mon âme.

 

           "Telle voie paraît droite à un homme, mais son issue, c'est la voie de la mort." (Proverbes 14:12).

 

           Bientôt j'ai remarqué avec étonnement que malgré mon désir de servir le Seigneur, je servais les créatures plus que le Créateur. Au couvent la discipline était rigoureuse. Tout le monde devait être levé à 4 heures 30 ; on commençait alors à tout mettre en ordre. On répartissait les tâches : deux personnes se mettaient au travail à la cuisine, et les autres participaient à la prière du matin à la chapelle. Une heure plus tard, nous avions la Messe ; tout le monde y assistait et communiait. A 8 heures nous reprenions le travail dans un silence absolu : il était interdit de parler. Vers 17 heures, la Mère Supérieure accordait une brève récréation. Elle contrôlait tout ; personne ne pouvait rien faire hormis ce qu'elle ordonnait. A 20 heures, la sonnerie retentissait à nouveau pour nous appeler à la prière du soir. Une heure plus tard, on éteignait la lumière, et la seule chose à faire était d'attendre une nouvelle journée en tous points semblable à celle qui venait de se terminer. Les jours se suivaient, monotones, et je finis par être convaincue que jamais je ne réaliserais mon rêve qui était de faire des études pour me préparer à servir Dieu. Nous n'avions de temps que pour le travail et la prière. Même quand la Supérieure accorda, à la demande de certaines d'entre nous, un peu de temps pour étudier, nous étions tellement épuisées que nous n'arrivions pas à retenir ce qu'on nous enseignait.

 

           Ma déception fut plus grande encore quand certaines religieuses manifestèrent de l'envie et de la jalousie. Toutes les fois que la Mère Supérieure m'accordait quelque attention, elles se montraient hostiles ; or généralement la Mère Supérieure me demandait d'aller la chercher à la gare routière quand elle rentrait de voyage. Mais les surprises ne faisaient que commencer. Deux autres religieuses, Sœur Sébastienne et Sœur Joséphine étaient devenues mes amies. Sœur Joséphine était instruite ; elle était au couvent depuis douze ans. Seules ces deux sœurs me faisaient suffisamment confiance pour s'ouvrir à moi de ce qu'elles ressentaient. A une ou deux exceptions près, toutes les autres sœurs étaient des énigmes pour moi. Ma meilleure amie, Sœur Joséphine, m'a expliqué ce qui se passait réellement au sein du couvent et de l'Eglise catholique. Toutes ses expériences l'avaient endurcie, et de jour en jour son désespoir allait croissant. Quant à Sœur Sébastienne, elle épanchait son cœur en gémissant : "Je ne supporte plus ce genre d'existence. Je n'en peux plus !" Je la suppliais de me dire ce qui n'allait pas Mais elle ne voulait rien dire de plus.

 

.../...


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- Dernière mise à jour le 18/02/2009 -



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